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La pierre sèche, pourquoi ?

C’est un système constructif traditionnel, intemporel et universel, tout à la fois ancestral et innovant. 

Partout où ce patrimoine en pierre sèche est présent, il est sage de s’interroger sur sa fonction et sa « modernité ».

Un savoir-faire ancestral :

En ayant recours à des matériaux de cueillette, bois, paille, terre, pierre, l’homme a su faire preuve d’ingéniosité et d’adaptabilité pour répondre à ses besoins. Ainsi, partout où la pierre est présente à travers le monde, cette dextérité de l’œil et de la main pour assembler en calant, sans liant, des pierres tout venant, s’est diffusée oralement à travers les siècles. Ce savoir-faire bien particulier s’est forgé entre hommes de métier de la maçonnerie comme entre paysans. Quelque soit le type de pierre, calcaire, granit, schiste, gneiss, grès... ces maçonneries sont bâties sur les mêmes principes de base et les modèles diffèrent davantage par la forme de la pierre à disposition que par l’ouvrage à construire. La technique s’est affinée par empirisme. L’homme a épierré ses champs pour pouvoir les travailler, collecté les pierres en pierriers, les réemployant ensuite pour niveler les collines, installer et accompagner abri ou habitat, produire des banquettes cultivables, clôturer ses parcelles, les protéger et canaliser aussi bien l’eau que ses troupeaux.

Un savoir-faire rare :

Cependant en France, les guerres ont emporté les hommes et l’industrie a répondu aux besoins de reconstructions si prégnants alors, par l’apport d’autres systèmes constructifs. L’exode rural a vidé les collines et les montagnes, les machines agricoles et de terrassement ont bouleversé les comportements en délaissant les terrasses, en supprimant les haies champêtres et en concassant les enclos lithiques. Une brutale modification de la connaissance s’est opérée dans toutes les filières, du bâtiment, de l’agronomie et de l’agriculture. Cependant, à chaque fois qu’un paysage se referme, que le long des routes des murs s’écroulent et disparaissent pour être remplacés par du béton, de l’enrochement ou du gabion (cage de fer remplie de pierres), cette évolution est ressentie comme un mélange de nostalgie et d’absurdité. Pourtant, il suffit que ces paysages de pierre sèche soient cultivés et bien entretenus à l’année pour qu’ils expriment la qualité totale : celle du pays, celle des hommes, celle des productions.

Un savoir-faire qui se régénère :

Ainsi, certains ont réagi localement, bravant les railleries des inconditionnels du parpaing de ciment et du béton, ils ont perduré la tradition et ont bâti la pierre à sec laissant leurs empreintes par chez eux. A partir de 2000, dressant une passerelle entre Provence et Cévennes, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Vaucluse et le Parc National des Cévennes ont repéré, puis rassemblé et accompagné ces praticiens. Cette action s’est inscrite en complémentarité des travaux d’inventaires et de sauvegarde des cabanes en pierre sèche opérés par nombre de bénévoles, partout en France. Ainsi, composée d’une poignée de chercheurs, d’artisans ou d’encadrants technique de chantiers d’insertion, leur mobilisation a mutualisé compétences, énergies et passions pour ébaucher une filière professionnelle. A partir de 2003, la préoccupation de Développement Durable s'est largement répandue et en 2005, le Ministère de l'artisanat a qualifié leur démarche d'exemplaire. Cette reconnaissance leur a donné un « coup de pouce » et a renforcé leurs convictions. En quelques années, leur dynamique a construit la reconnaissance de ce système constructif en prouvant scientifiquement, combien et comment, la pierre sèche s’avère pertinente pour les générations futures.

 

La mise en commun des savoirs et la pluridisciplinarité ont permis de perfectionner la mise en œuvre, validée par plusieurs thèses successives de doctorat d’ingénieur. Des murs tests ont été expérimentés avec le calcaire du Vaucluse en 2002, puis le schiste des Cévennes en 2003 et enfin le granit des Cévennes en 2007. Cette progression collégiale a produit Les Règles de l’Art avec abaques de calculs de dimensionnement des ouvrages : « Guide de bonnes pratiques de construction de murs de soutènement en pierre sèche » édité en 2008. L’étape suivante a mené ce collectif à construire une qualification professionnelle nationale : le Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) « ouvrier professionnel en pierre sèche », validé par la Commission paritaire nationale pour l’emploi dans le BTP le 4 mars 2010. L'homologation d'un niveau supérieur, CQP"Compagnon professionnel en pierre sèche" a suivi en 2014 présenté en solo par les ABPS.

 

Certification de la technique et qualification du savoir-faire ont apporté la crédibilité qui manquait pour rassurer les prescripteurs, les assurances professionnelles et encourager certains élus à tout mettre en œuvre pour soutenir le retour à l'art de bâtir en pierre sèche sur leur territoire.  Depuis, des praticiens sortent de leur isolement, des jeunes éveillés à l’éco construction se découvrent une vocation, et, venus de partout en France, se présentent à l'examen du CQP. Si certains y trouvent l’intérêt d’une reconnaissance, d’autres ajoutent cette compétence à leur entreprise, voire créent leur propre emploi. Des groupements momentanés d’entreprises (GME) s’organisent pour répondre aux appels d'offres des marchés publics qui demande un gros volume de pierres.

La dynamique de réseau a servi de levier pour interpeller les donneurs d’ordres, ouvrir une filière et générer un marché. Un marché de niche, certes, mais multi niches.

Une réponse aux préoccupations contemporaines :

Terrasses, soutènements, soubassements, enclos, clôtures, rampes d’accès, chemins, routes, seuils de torrent dans les talwegs, berges de rivières, ce système constructif ancestral ne relève plus seulement du pittoresque. Pour autant qu’elles soient correctement mises en œuvre, ces maçonneries réunissent plusieurs qualités : drainage, souplesse et résistance. Ces caractéristiques sont essentielles dans la prévention des risques naturels d'inondation: dispositif anti érosif, gestion du ruisselement rapide dans les bassins versants, barrages en travers des talwegs, seuils de rivières, terrasses comme bassins de rétention. La rareté de l’eau ou l’excès en pluies dévastatrices, est devenu une préoccupation majeure. D’autre part, l’épaisseur de ces maçonneries, leurs anfractuosités, le maintien de l’humidité et l’inertie thermique de la pierre, créent un écosystème avec un microclimat, véritable niche à biodiversité, laquelle est favorable à la culture biologique et vecteur de corridors écologiques.

Construire en pierre sèche, c’est être conforme :

  • au Plan d’action des Nations Unies de 2016 « Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ». Parce que le développement économique et social dépend d’une gestion durable de notre planète, ce plan stipule le recours à des modes de consommation et de production durables, la gestion durable des ressources naturelles, la lutte contre les changements climatiques.
  • à la Charte de l’environnement de 2005 qui élève au rang des principes fondamentaux le droit à un environnement équilibré et favorable à une écologie humaniste qui n’oppose pas l’homme à la nature.
  • aux Directives paysagères de la Loi paysage de 1993 qui ancrent les projets territoriaux et leur gestion sur les éléments concrets qui caractérisent les paysages.

La pierre sèche agit sur les trois piliers du développement durable. Sous l’angle de l’analyse du cycle de vie (ACV) et du coût global, un soutènement en pierre sèche a une réelle pertinence économique.  Qui plus est, construire ou assurer la maintenance des ouvrages existants, c'est développer un marché local qui offre de l’emploi non industrialisable et non délocalisable. Par conséquent, c’est aussi redonner sa noblesse au savoir-faire et agir durablement pour les territoires.

 

"Avant, la pierre sèche restait cantonnée au catalogue du pittoresque. En effet, en dehors des cabanes - borie, orri, capitelle, cazelle, chabotte ou autre appellation régionale- on en entendait jamais parler. Actuellement, les murs sont désormais reconnus comme des marqueurs de paysage et évoqués comme niche à biodiversité et encore comme seuil en travers des talwegs pour freiner les eaux ruisselantes et lutter contre l’érosion.  En parlant d’inondation, cela m’évoque l’émission TV « Envoyé spécial »  dans laquelle l’Association "Var inondation écologie" déclare : « On bétonne, on goudronne et après on s’étonne !» en montrant une vielle photo des collines en terrasses de pierre sèche aujourd’hui urbanisées ! Voilà résumé exactement l’intérêt innovant de la pierre sèche : en nivelant les collines de maçonneries drainantes,  on facilite l’infiltration et on crée un système de rétention qui limite les catastrophes avec, en prime, la biodiversité et un paysage de caractère,  identitaire de nos racines !" Paul Arnault, artisan, Président fondateur de la FFPPS

Seuil de rivière en travers d'un talweg, Vanoise (73) ©Thierry Bourceau Soutènement routier près du Mt Ventoux, Aurel (84) ©Didier Respaud-Bouny Rampe dans un soutènement, Gordes (84) ©Claire Cornu Plateforme du Prieuré Ste Hilaire restaurée par Opus, Ménerbes (84) ©Claire Cornu Soutènement-clôture de jardin en Aveyron (12) ©Claire Cornu Chemin de l'ermitage restauré par la CBPS, Collias (30) ©Claire Cornu Soutènement-clôture, Penta di Casinca, Haute Corse ©Claire Cornu Combes des bourguignons, restaurée par CBPS,  Marguerittes (30) ©Claire Cornu Soutènement et clôture en Bourgogne ©Claire Cornu