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Qu'est-ce que la pierre sèche ?

La technique de construction à pierre sèche consiste à assembler des pierres sans aucun mortier ni liant pour réaliser un ouvrage.

C’est un système constructif non industrialisable qui utilise la pierre locale, matériau naturel, sain, de réemploi ou issu des carrières de proximité, voire une pierre ramassée,  d'épierrage des champs ou pierre de découverte (selon la géologie des sols, on peut récolter en surface des pierres altérées dits matériaux de découverte).

C'est une technique universelle et intemporelle qui requiert un réel savoir-faire fondé sur la maîtrise du choix et de l'agencement des pierres qui garantissent la tenue et la stabilité de l'ouvrage dans le temps.  Cette mise en oeuvre exige une grande rigueur. Elle ne s’improvise pas. 

Le métier est celui de « murailler ». 

L'Arrêté du 24 décembre 2015 désigne le métier de "murailler" comme une spécialité de maçon du patrimoine dans la liste des métiers d'art relative à la qualification artisanale et au répertoire des métiers (cf.Journal Officiel n°0026 du 31 janvier 2016 texte n° 48). Cette liste est établie conjointement par le Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, la Ministre de la culture et de la communication et la Secrétaire d'Etat chargée du commerce, de l'artisanat, de la consommation et de l'économie sociale et solidaire.

Attention: par méconnaissance, ce terme "pierre sèche" est souvent employé à tort. Distinguer pierre sèche et pierre hourdée posée à joints vifs (ou pierre discrètement jointoyée).

"Un ouvrage en pierre sèche, de par l'agencement particulier des pierres et le frottement existant des pierres entre elles, ne nécessite aucun liant pour assurer sa stabilité." Eric Vincens , Maître de Conférences à l'Ecole centrale de Lyon, Laboratoire de tribologie et de dynamique des systèmes (LTDS-G8)  

"On verse pas les pierres pour remplir le mur, on les cale. On doit pouvoir marcher sur chaque lit de construction du mur sans qu'aucune pierre ne bouge car les pierres sont calées dans les 3 dimensions: dans l'épaisseur, dans la hauteur et dans la longueur du mur... Pour un soutènement, il y a 2 parements plus le drainage car ce n'est pas le talus qui tient le mur, c'est le mur qui soutient le talus !" Paul Arnault, artisan, Président fondateur de la FFPPS.

Vallée de la Roya, Alpes Maritimes (06) © Claire Cornu Aveyron (12) © Claire Cornu Corse (20) © Claire Cornu Pointe du Raz, Finistère (29) Bretagne. © Jules Respaud-Bouny Saint Chinian, Hérault (34) © Claire Cornu Jura (39) © Claire Cornu Saint Martial, Gard (30) © Claire Cornu Flavy, Saône & Loire (71) Bourgogne © Claire Cornu Var (83) © Claire Cornu Lacoste, Luberon, Vaucluse (84) © Claire Cornu Lozère (48) © Claire Cornu

Définitions

Quelques définitions extraites du dictionnaire de l’architecture de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Edition du patrimoine, Centre des monuments nationaux.

Maçonnerie de pierre sèche

Maçonnerie de moellons bruts ou ébauchés posés sans mortier.

Moellon

Pierre de petite dimension, non taillée ou partiellement taillée.

Le moellon brut n’est pas taillé ou seulement ébousiné (Bousin =  croute tendre du calcaire sortant de carrière).

Le moellon ébauché a reçu grossièrement une forme convenant à la place qu’il doit occuper.

Le moellon équarri a reçu la forme d’un parallélépipède. Il ne se distingue de la pierre de taille que par le fait que les pans de sa queue ne sont pas parfaitement plats. Pierre de taille = pierre dont la queue présente des pans dressés et des arêtes vives donnant des joints rectilignes au parement de la maçonnerie. La tête de la pierre est elle-même généralement dressée, mais elle peut rester brute pour produire des effets décoratifs : les bossages.

Appareil

Maçonnerie formée d’éléments posés et non jetés.

Appareil irrégulier

Composition d’éléments de grosseur variable et de forme irrégulière, mais taillés en vue de la pose.

Appareil assisé

Composition de moellons équarris posés à sec.

Assise

Rang d’éléments de même hauteur, posés de niveau ou rampants.

Appareil de revêtement

Appareil à un seul parement couvrant une fourrure ou un talus.

Joint 

Espace entre deux éléments, généralement rempli de mortier.

Jointoyer 

Faire les joints de mortier.

 

Interview (extraits)

"...il m’a fallu combattre les préjugés qui dénigrent cette technique. Cela n’a jamais été facile de faire passer mes devis dès lors qu’ils mentionnaient la vraie pierre sèche. Mais je me suis obstiné autant que faire se peut, et même pour des marchés publics. Je me souviens avoir du m’incliner devant la décision d’un ingénieur routier responsable des travaux du soutènement à l’entrée même d’un village : Au nom de sa responsabilité, le béton a été choisi. Bien sûr, un béton à l’aspect pierre sèche, mais cela n’a rien de comparable avec la pure tradition de la maçonnerie de pierre sèche...

j’ai obtenu la confiance de certains maîtres d’œuvre comme Didier REPPELIN, Architecte en Chef des Monuments Historiques (ACMH) pour la restauration de la plateforme du Prieuré St Hilaire à Ménerbes (84), comme également l’Agence Paysages pour l’aménagement d’un talus de la ligne TGV Méditerranée à Tavel (30) en 2000. Un gros chantier que celui du TGV. Qu’à cela ne tienne, il ne fallait pas laisser passer une si belle occasion de prouver que la pierre sèche est actuelle ! J’ai embauché et formé plusieurs gars qui étaient tous plus ou moins déjà passé par l’APARE...

Lors de ce chantier, je me souviens de la confrontation avec les ingénieurs SNCF parce qu’ils méconnaissaient cette technique qui ne s’apprend pas dans leur école et qui, à l’époque, n’avait pas d’écrit. Or vous savez combien nos assurances professionnelles imposent d’exécuter les travaux selon des techniques certifiées. Le fait que la pierre sèche soit une technique ancestrale, approuvée par des siècles de pratique et des ouvrages encore debout, ne remet nullement en cause cette exigence." Paul Arnault, artisan Président fondateur de la FFPPS. 

 

« La qualité de l’assemblage d’un mur de pierres sèches fait sa solidité, sa beauté et sa durabilité. Cela vaut aussi pour un mur de pierres recourant à un liant. Ces savoir-faire sont à réintégrer dans toute activité de maçonnerie. Le murailler requalifie le travail du maçon. ». Paul Kalcq, sociologue chercheur au Centre nationale d'études et de recherche sur la qualification (Céreq)

 

" Un maçon qui sait construire à pierre sèche sait construire tous les murs". Paul Arnault, artisan Président fondateur de la FFPPS

 

"La pratique de la pierre sèche est ancienne, probablement aussi ancienne que l’histoire de l’homme depuis qu’il s’est doté d’outils. ... Il s’était développé un savoir-faire génial, parce qu'adapté aux besoins des hommes en respect des ressources et intégré au paysage. Le développement effréné suite à l’industrialisation nous a fait perdre des pans entiers de savoir-faire. Aujourd’hui, le besoin d’authenticité nous invite à revenir à ces techniques un peu trop vite mise à l’écart car la force de ces murs, souples et drainants, c’est leur contribution à lutter contre l'érosion et les inondations et leur capacité à gérer l’eau des bassins versants. C'est pourquoi les cabanes en pierre sèche ne sont ma préoccupation principale. Certes, elles sont notre patrimoine et je les aime pour cela, et je félicite toutes ces associations bénévoles qui font de leur mieux, chacune sur leur territoire, pour les inventorier, les restaurer, les faire découvrir aux autres. Cependant elles appartiennent au « folklore » alors que les murs sont pertinents pour notre environnement. Ils participent à notre cadre de vie et contribuent à ce fameux concept de développement durable qui a pris de l'importance en 2003 dont ils puisent là tous les paramètres qui entrent dans sa définition : culturel, social, économique et environnemental.  A mes yeux, le droit pour chacun de vivre dans un environnement préservé est l’étape fondamentale pour notre développement. " interview de Claire Cornu, architecte-urbaniste Chargée de développement territorial à la Chambre de métiers et de l'artisanat de Vaucluse, par Guy Martin pour Pierre Actual 2005.